Jardiner simplement, récolter mieux À proposNotre méthode Auteurs Newsletter
Lutte contre les nuisibles et maladies

Bouillie bordelaise rosier puceron : conseils pratiques

Julien Charpentier
Julien Charpentier, Rédacteur protection du jardin
Publié le 16 octobre 2026 · 8 min de lecture
Bouillie bordelaise rosier puceron : conseils pratiques
L'essentiel

La bouillie bordelaise n’a aucune action sur les pucerons du rosier : c’est un fongicide à base de cuivre et de chaux qui prévient et combat les maladies cryptogamiques comme le mildiou, la rouille, le marsonia, la tavelure et le chancre. Pour les pucerons, il faut utiliser des moyens spécifiques comme le savon noir, l’huile de neem, les coccinelles ou un jet d’eau, et réserver la bouillie bordelaise aux périodes à risque fongique. Distinguer les deux problèmes évite un traitement inefficace et une pollution inutile au cuivre.

Bouillie bordelaise rosier puceron

La bouillie bordelaise n’a aucune action sur les pucerons. C’est un fongicide à base de sulfate de cuivre et de chaux, destiné à prévenir et combattre les maladies cryptogamiques du rosier — mildiou, rouille, marsonia, tavelure, chancre — et non les insectes piqueurs-suceurs. Associer ces deux termes dans une même recherche révèle souvent une confusion tenace : celle qui consiste à croire qu’un produit « naturel » ou « de jardin » traite indifféremment champignons et insectes. Or, pulvériser de la bouillie bordelaise sur un rosier envahi de pucerons ne fera pas disparaître ces derniers : au mieux vous perdrez votre temps, au pire vous perturberez la faune auxiliaire utile à leur régulation.

Ce que recouvre réellement la bouillie bordelaise

La bouillie bordelaise est une préparation fongicide autorisée en agriculture biologique (règlement UE 2018/848), dont la teneur maximale en cuivre est strictement encadrée : 28 kg de cuivre métal par hectare et par an, en moyenne glissante sur 7 ans, soit environ 4 kg/ha/an pour la vigne et les cultures sensibles. Au jardin, les sachets du commerce titrent généralement 20 % de cuivre métal, ce qui correspond à une dose d’emploi classique de 10 à 20 g par litre d’eau selon la formulation et la culture.

Son mode d’action est préventif avant tout : les ions cuivre bloquent la germination des spores fongiques et perturbent le métabolisme des champignons déjà installés. Appliquée après une contamination, elle limite la progression mais ne guérit pas des lésions déjà visibles.

Sur le rosier, ses cibles reconnues sont :

  • le mildiou du rosier, rare mais destructeur en conditions humides et fraîches (15-20 °C) ;
  • la rouille (Phragmidium), reconnaissable à ses pustules orangées sur la face inférieure des feuilles ;
  • la tache noire ou marsonia, première cause de défoliation estivale dans les jardins humides ;
  • le chancre et le botrytis sur bois ou boutons floraux.

Pourquoi le puceron n’y répond pas

Le puceron du rosier, principalement Macrosiphum rosae et Macrosiphum euphorbiae, est un insecte piqueur-suceur. Il se nourrit de la sève élaborée en ponctionnant les vaisseaux du jeune feuillage et des boutons floraux. Le cuivre, même à forte concentration, n’a aucune action neurotoxique ou régulatrice sur son système nerveux ou sa reproduction. Il peut tout au plus créer un film desséchant à très haute dose, sans effet curatif réel.

Un traitement répété au cuivre impacte en outre les auxiliaires qui régulent naturellement les pucerons : coccinelles (Adalia bipunctata), syrphes, chrysopes, micro-guêpes parasitoïdes (Aphidius). Ces insectes réagissent mal aux résidus cupriques, et certains travaux montrent une réduction de la fécondité des coccinelles exposées.

Les véritables enjeux au jardin

Confondre les deux familles de nuisibles conduit à deux erreurs coûteuses :

  • Un mauvais diagnostic : on traite chimiquement ce qui relève d’une observation et d’une stratégie intégrée.
  • Une pollution inutile : le cuivre est un métal lourd qui s’accumule dans le sol. Il persiste, perturbe la faune du sol (vers de terre, micro-organismes) et contamine les eaux de ruissellement.

Face à un rosier à la fois malade (taches, rouille) et colonisé par les pucerons, la bonne approche est séquentielle et raisonnée :

  1. Diagnostiquer chaque atteinte séparément.
  2. Traiter les pucerons par des moyens adaptés : savon noir dilué à 15 g/L, huile de neem, lâcher de coccinelles, ou simplement un jet d’eau puissant répété.
  3. Réserver la bouillie bordelaise aux seules périodes à risque fongique : fin d’hiver au débourrement, puis en préventif après une pluie prolongée, en respectant un délai avant récolte ou manipulations et en évitant les températures supérieures à 25 °C.

L’enjeu est double : sanitaire pour le rosier, environnemental pour votre jardin. Utiliser le bon produit au bon moment, c’est la base de la lutte intégrée.

Comment bien choisir

Avant d’acheter un produit, distinguez bien les deux cibles. La bouillie bordelaise est un fongicide à base de cuivre : elle protège le rosier contre les maladies cryptogamiques (mildiou, rouille, tavelure, chancre) mais n’a aucune action sur les pucerons. Ces derniers sont des insectes piqueurs-suceurs et demandent un traitement spécifique (savon noir, huile de neem, etc.). L’expression « bouillie bordelaise rosier puceron » renvoie souvent à une confusion fréquente : on associe à tort le cuivre à une solution universelle. Pour bien choisir, commencez donc par identifier la cible.

Les critères de sélection

  • La formulation : poudre mouillable à diluer (économie, dosage ajustable), suspension concentrée (plus stable), ou prêt à l’emploi (pratique pour quelques rosiers). La poudre reste la plus économique pour un potager ou un jardin de plusieurs sujets.
  • La teneur en cuivre métal : elle varie de 8 à 20 %. Une bouillie à 20 % s’utilise à 10–15 g/L ; une à 8 % à 25–30 g/L. Lisez toujours l’étiquette : le surdosage est toxique pour le sol et les auxiliaires.
  • L’homologation : privilégiez la mention « utilisable en agriculture biologique » (règlement UE 2018/848). Le cuivre est autorisé en bio, mais limité à 4 kg/ha/an en moyenne sur 5 ans.
  • La compatibilité : si vous devez traiter les pucerons en même temps, ne mélangez jamais bouillie bordelaise et savon noir ou huile dans le même pulvérisateur (risque de phytotoxicité). Faites les applications à 48 h d’intervalle.

Les erreurs à éviter

  • Croire que la bouillie bordelaise élimine les pucerons. C’est faux. Sur un rosier envahi, elle ne fera rien contre eux et peut même décimer les coccinelles, précieux auxiliaires.
  • Traiter en pleine floraison. Le cuivre brûle les pétales et nuit aux pollinisateurs. Attendez la chute des pétales ou traitez avant l’ouverture des boutons.
  • Surdoser ou renouveler trop souvent. Une application tous les 10–15 jours maximum, et jamais plus de 3–4 fois par an sur un rosier.
  • Pulvériser par temps chaud (>25 °C) ou ensoleillé. Risque de brûlures. Préférez le soir ou un jour couvert.

Budget

Pour un rosier isolé, un flacon prêt à l’emploi de 750 ml coûte 8–12 €. Une poudre de 1 kg (8–15 €) permet de préparer 100 L de bouillie, soit de quoi traiter 50 à 100 rosiers pendant une saison. Ajoutez un pulvérisateur à main (15–30 €) si vous n’en avez pas. Le savon noir contre les pucerons revient à environ 10 € le litre concentré. Au final, comptez 20–30 € pour un traitement complet et raisonné de votre rosier sur l’année. Un investissement modeste comparé au prix d’un rosier de qualité (15–25 €).

Conclusion

Ne confondez pas fongicide et insecticide

La bouillie bordelaise est un fongicide cuprique dont l’action repose sur les ions cuivre. Ceux-ci perturbent la germination des spores de champignons sans pénétrer dans la plante. Sur rosier, elle reste efficace contre la rouille, le marsonia et la tavelure, à condition d’être appliquée en prévention. Face au puceron, en revanche, elle est totalement inopérante car le cuivre n’affecte pas les insectes. Cette confusion est fréquente : beaucoup de jardiniers traitent au cuivre en espérant voir disparaître les colonies. Les traitements répétés au cuivre peuvent réduire les populations de champignons entomopathogènes et d’auxiliaires. Cette situation favorise indirectement les pucerons, alors gardez ce réflexe en tête.

Les doses et le calendrier pour la bouillie bordelaise sur rosier

Pour un rosier, la bouillie bordelaise s’utilise principalement en hiver et au début du printemps :

  • Hiver (décembre à février) : après la taille, appliquez une dose de 10 g/L (1 %) sur bois nu et rameaux. Ce traitement détruit les spores hivernantes.
  • Fin d’hiver / début de printemps : avant le débourrement, renouvelez à 7,5 g/L (0,75 %). C’est le moment clé pour la cloque et la rouille.
  • Après la floraison : si nécessaire, une intervention à 5 g/L (0,5 %) est possible, mais évitez la pleine floraison pour ne pas brûler les pétales ni intoxiquer les pollinisateurs.
  • Fréquence : 2 à 3 traitements par an suffisent. Le cuivre s’accumule dans le sol ; la réglementation européenne limite à 4 kg de cuivre par hectare et par an en moyenne sur 5 ans. Pour un rosier isolé, restez sobre.

Pucerons du rosier : une lutte ciblée et précoce

Le puceron du rosier apparaît dès mars-avril, avec un pic en mai-juin. Une femelle peut donner naissance à 50 à 100 descendants en une semaine. Sans intervention, une colonie peut couvrir un bouton floral en 10 jours. Voici les solutions naturelles :

  • Savon noir : 10 à 15 g/L, pulvérisé sur les colonies, à renouveler tous les 3 à 4 jours. Il agit par contact et assèche les insectes.
  • Huile de neem : 5 ml/L, en respectant une température supérieure à 15 °C. Elle perturbe la mue et la reproduction.
  • Purin d’ortie : dilué à 1/10, en pulvérisation préventive ou sur jeunes larves.
  • Auxiliaires : une coccinelle adulte consomme jusqu’à 100 pucerons par jour ; une larve de syrphe, 50 à 60. Plantez des capucines, des soucis ou de la lavande pour les attirer.
  • Seuil d’intervention : n’agissez que si plus de 10 % des pousses sont colonisées, afin de préserver les auxiliaires.

Le bon réflexe pour votre rosier

En matière de bouillie bordelaise, rosier et puceron, retenez ceci : la bouillie bordelaise est un outil préventif contre les champignons, pas un insecticide. Le puceron se traite avec des produits naturels et une gestion favorable aux auxiliaires. Un rosier bien aéré, arrosé au pied et non surchargé en azote sera moins sensible aux deux. Enfin, alternez les modes d’action et lisez toujours l’étiquette : le cuivre est autorisé en agriculture biologique, mais son usage doit rester raisonné. Avec ces bonnes pratiques, vous protégerez durablement votre rosier sans recourir à des traitements inutiles.

En résumé

  • Diagnostiquez séparément maladies fongiques et pucerons : la bouillie bordelaise ne traite que les maladies cryptogamiques du rosier, pas les insectes piqueurs-suceurs.
  • Traitez les pucerons avec des moyens adaptés comme le savon noir dilué à 15 g/L, l’huile de neem, un lâcher de coccinelles ou un jet d’eau puissant, sans mélanger ces produits à la bouillie bordelaise dans le pulvérisateur.
  • Réservez la bouillie bordelaise aux périodes à risque fongique, en respectant les doses et en évitant les températures supérieures à 25 °C pour limiter l’impact sur le sol et les auxiliaires.

Questions fréquentes

La bouillie bordelaise est-elle efficace contre les pucerons du rosier ?

Non. La bouillie bordelaise n’a aucune action sur les pucerons : c’est un fongicide à base de sulfate de cuivre et de chaux, destiné aux maladies cryptogamiques. Pulvériser ce produit sur un rosier envahi de pucerons ne les fera pas disparaître.

Que soigne la bouillie bordelaise sur un rosier ?

Elle prévient et combat des maladies fongiques du rosier comme le mildiou, la rouille, la tache noire ou marsonia, le chancre et le botrytis. Son action est surtout préventive et elle ne guérit pas les lésions déjà visibles.

Comment se débarrasser des pucerons sur un rosier ?

Il faut utiliser des moyens adaptés aux insectes : savon noir dilué à 15 g/L, huile de neem, lâcher de coccinelles ou jet d’eau puissant répété. La bouillie bordelaise n’est pas un traitement contre les pucerons.

Peut-on mélanger la bouillie bordelaise avec du savon noir ou de l’huile de neem ?

Non, il ne faut jamais mélanger la bouillie bordelaise avec du savon noir ou de l’huile dans le même pulvérisateur, à cause du risque de phytotoxicité. Les applications doivent être faites à 48 h d’intervalle.

Quand faut-il pulvériser de la bouillie bordelaise sur les rosiers ?

Réservez-la aux périodes à risque fongique : fin d’hiver au débourrement, puis en préventif après une pluie prolongée. Évitez les températures supérieures à 25 °C et la pleine floraison.

Suite du dossier

Jardin potager bio : conseils pratiques

→
Julien Charpentier
Julien Charpentier
Rédacteur protection du jardin

Julien Charpentier est Rédacteur protection du jardin. Les guides citent leurs sources. Spécialités : Prévention Par Les Bonnes Pratiques Culturales, Maladies Courantes Du Potager, Insectes Ravageurs Et Auxiliaires.

Tous les articles de Julien Charpentier →