Plantes aromatiques et médicinales : le guide complet

Les plantes aromatiques et médicinales ne forment pas une seule et même famille : une aromatique est cultivée pour son parfum et son goût via ses huiles essentielles, tandis qu’une médicinale est utilisée pour ses effets sur l’organisme via ses principes actifs. Les deux cercles se recoupent largement, comme le thym, la menthe et le romarin, qui cumulent les deux usages. Cette distinction est importante car une plante aromatique peut avoir des effets médicinaux et certaines médicinales peuvent être déconseillées selon les cas, notamment la sauge pendant la grossesse et l’allaitement.
- Qu’est-ce qu’une plante aromatique et médicinale ? Définition et différence
- Les principales catégories de plantes aromatiques et médicinales
- Comment cultiver ses plantes aromatiques et médicinales : guide pratique
- Récolte, séchage et conservation des plantes médicinales
- Usages thérapeutiques et précautions d’emploi
- Réglementation et cadre légal en France
- Coûts et rentabilité : cultiver ses plantes vs les acheter
Qu’est-ce qu’une plante aromatique et médicinale ? Définition et différence
Souvent, on emploie l’expression comme s’il s’agissait d’une seule et même famille de végétaux. En réalité, plantes aromatiques et médicinales forment deux cercles qui se recoupent largement, sans se superposer totalement. La différence tient moins à la botanique qu’à l’usage que tu en fais.
Une même plante, deux regards
Une plante aromatique est cultivée avant tout pour son parfum et son goût. Ce sont ses composés volatils — les huiles essentielles — qui lui donnent ses arômes : on les retrouve dans les feuilles, les fleurs, les graines ou les racines. Direction la cuisine, les infusions plaisir ou les cosmétiques maison.
Une plante médicinale, elle, est utilisée pour ses effets sur l’organisme. On s’intéresse à ses principes actifs : flavonoïdes, alcaloïdes, tanins, mucilages. Elle entre dans des préparations thérapeutiques — tisanes, sirops, teintures, extraits secs — et répond à des usages précis.
Le point crucial : une plante aromatique n’est pas forcément sans effet. Le thym, la menthe ou le romarin sont des médicinales de premier plan. À l’inverse, certaines plantes médicinales sont peu parfumées, comme la valériane ou le pissenlit. Et une aromatique peut être déconseillée dans certains cas : la sauge, par exemple, est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement.
Thym, menthe, romarin : trois exemples qui parlent
Ces trois plantes cumulent les deux casquettes. Regarde plutôt :
- Thym (Thymus vulgaris) : en cuisine, il parfume grillades, légumes et marinades. Côté santé, il est antiseptique et expectorant grâce au thymol. Sa teneur en huile essentielle varie de 0,5 à 2,5 % selon la variété et le terroir. On le retrouve dans les sirops pour la gorge et les infusions respiratoires.
- Menthe poivrée (Mentha × piperita) : incontournable dans les desserts, les taboulés et les boissons. En phytothérapie, le menthol soulage les digestions difficiles et les tensions. Son huile essentielle titre souvent entre 1 et 3 %. Attention toutefois : elle est déconseillée chez les jeunes enfants et en cas de reflux.
- Romarin (Salvia rosmarinus) : branche culinaire classique des viandes et des pommes de terre. En usage médicinal, il est tonique, digestif et stimulant de la circulation. L’acide rosmarinique et la camphre expliquent une partie de ses effets. Son huile essentielle oscille autour de 1 à 2 %.
De la pharmacopée ancienne à la pharmacopée moderne
L’usage des plantes ne date pas d’hier. Les Égyptiens consignaient déjà des recettes à base de thym et de menthe. Dioscoride, médecin grec du Ier siècle, décrivait près de 600 plantes dans son De materia medica. Au Moyen Âge, les jardins de simples des monastères servaient de pharmacies.
Aujourd’hui, cette tradition s’est structurée. En France, la pharmacopée encadre les plantes médicinales : près de 150 espèces sont dites « libérées » et peuvent être vendues hors pharmacie — c’est le cas du thym, de la menthe et du romarin. Les autres restent réservées aux pharmaciens. La phytothérapie et l’aromathérapie se sont développées dans ce cadre, avec des exigences de qualité et de traçabilité.
Concrètement, cela signifie que tu peux cultiver et consommer ces plantes chez toi, mais que leurs usages thérapeutiques demandent un minimum de connaissances. C’est tout l’objet des pages qui suivent : reconnaître les catégories, les cultiver, les récolter, puis les utiliser à bon escient.
Les principales catégories de plantes aromatiques et médicinales
Les plantes à feuilles : la base de toute collection
Ce sont les stars de nos jardins, celles qu’on froisse entre les doigts pour s’imprégner de leur parfum. Leur richesse vient des glandes situées sur le feuillage, qui stockent les huiles essentielles.
- Le basilic (Ocimum basilicum) : semé en mars-avril à 18-20 °C, il lève en 5 à 10 jours. Pincé régulièrement, il se ramifie et offre des feuilles tendres jusqu’aux premières gelées (il redoute tout ce qui passe sous 10 °C).
- Le persil (Petroselinum crispum) : bisannuel, il demande patience — comptez 3 à 4 semaines de germination. Une fois installé, il se ressème volontiers tout seul.
- La sauge (Salvia officinalis) : vivace rustique jusqu’à -15 °C, elle devient un petit arbuste ligneux. Idéale en bordure sèche et ensoleillée.
Ces plantes se récoltent idéalement le matin, après la rosée, quand la concentration en principes actifs est à son maximum.
Les plantes à fleurs : parfum et couleur au jardin
Ici, ce sont les sommités fleuries qu’on cueille, à la floraison complète.
- La camomille allemande (Matricaria chamomilla) : semée en place, elle fleurit 6 à 8 semaines plus tard et se ressème seule. Environ 1 000 fleurs donnent 100 g de fleurs séchées.
- La lavande (Lavandula angustifolia) : plantée en sol drainé, elle produit dès la 2e ou 3e année. Coupez les épis à la fin du printemps, avant que les fleurs ne fanent totalement.
- Le calendula (Calendula officinalis) : généreux, il fleurit de mai aux premières gelées. Cueillez les capitules tous les 2-3 jours pour prolonger la production.
Un carré de 1 m² bien exposé peut fournir aisément de quoi préparer une dizaine d’infusions par semaine tout l’hiver.
Les racines et rhizomes : la puissance en terre
Moins visibles, ces plantes offrent pourtant des trésors thérapeutiques.
- Le gingembre (Zingiber officinale) : rhizome tropical, il se cultive en pot sous serre ou véranda, à 25-30 °C. Comptez 8 à 10 mois avant récolte.
- Le curcuma (Curcuma longa) : même famille de besoins, mais il lui faut encore plus de chaleur et d’humidité.
- La valériane (Valeriana officinalis) : rustique, on récolte ses racines à l’automne de la 2e année, lorsqu’elles dégagent une odeur boisée caractéristique.
Rincez soigneusement les racines, coupez-les en morceaux et faites-les sécher à l’ombre, dans un endroit ventilé, pendant 2 à 3 semaines.
Les plantes à graines : parfum corsé et digestion
Leurs fruits ou graines aromatiques sont récoltés à maturité, souvent en fin d’été.
- La coriandre : montée en graines en 90 à 120 jours selon le semis. Semez par petites touches échelonnées pour étaler la récolte.
- Le fenouil : ses graines se récoltent quand les ombelles brunissent. Une ombelle bien mûre peut contenir plusieurs centaines de graines.
- L’anis (Pimpinella anisum) : annuel, il aime les étés chauds et se ressème parfois spontanément dans les sols légers.
Ces graines se conservent 1 à 2 ans dans un bocal hermétique, à l’abri de la lumière, avant de perdre de leur arôme.
Sache que beaucoup de plantes croisent ces catégories : la lavande est fleur et feuille aromatique, la coriandre se consomme feuille, tige et graine. C’est justement ce qui rend les plantes aromatiques et médicinales si généreuses à cultiver — tu ne récoltes jamais une seule fois.
Comment cultiver ses plantes aromatiques et médicinales : guide pratique
Tu as envie de te lancer ? Bonne nouvelle : la plupart des plantes aromatiques et médicinales sont généreuses, rustiques et faciles à vivre. Encore faut-il leur offrir les bonnes conditions dès le départ. Voici comment t’organiser, étape par étape.
Trouver le bon emplacement : soleil, mi-ombre ou les deux ?
La majorité des plantes aromatiques et médicinales d’origine méditerranéenne — thym, romarin, lavande, sauge, origan — réclament au moins 6 heures d’ensoleillement direct par jour. Sans ce minimum, leurs huiles essentielles se raréfient et leur port devient chétif. À l’inverse, la menthe, le persil, la ciboulette, la mélisse et l’angélique apprécient une mi-ombre légère, surtout aux heures les plus chaudes de l’après-midi.
Côté sol, le maître-mot est drainage. Un sol gorgé d’eau fait pourrir les racines en quelques jours, particulièrement en hiver. Si ta terre est lourde, incorpore 20 à 30 % de sable grossier ou de gravillons sur les 20 premiers centimètres. Un test simple : creuse un trou de 30 cm, remplis-le d’eau. S’il se vide en moins de 2 heures, le drainage est correct. Vise un pH entre 6,5 et 7,5 pour la majorité des espèces.
Semis, bouturage, plantation : trois façons de démarrer
- Semis : sous abri chauffé (18-20 °C) dès février-mars pour le basilic, la mélisse ou les annuelles. Le persil, lui, germe lentement : compte 15 à 20 jours. Semis en pleine terre possible en mai, une fois les gelées passées.
- Bouturage : la méthode la plus rapide pour multiplier romarin, lavande, sauge, thym. Prélevée en août-septembre, une tige de 10 à 15 cm, effeuillée sur la moitié basse, plantée dans un mélange sable/perlite, s’enracine en 3 à 6 semaines.
- Plantation : privilégie le printemps (mars-avril) ou l’automne (septembre-octobre), hors gel. Respecte un espacement de 30 à 50 cm entre les pieds pour laisser circuler l’air et limiter les maladies.
Entretien : arroser juste, tailler au bon moment
La première année, arrose régulièrement mais sans excès : le sol doit sécher entre deux arrosages. Ensuite, les méditerranéennes se contentent de très peu d’eau ; un arrosage copieux tous les 10 à 15 jours en été suffit. Arrose toujours au pied, jamais le feuillage, pour éviter l’oïdium.
La taille structure la plante et booste la production. Pince les sommités du basilic toutes les 2 à 3 semaines pour éviter la montée en graines. Pour les vivaces (romarin, lavande, sauge), taille après la floraison, sans descendre sur le vieux bois.
Le paillage est ton meilleur allié : 3 à 5 cm de graviers ou de paillis organique limitent l’évaporation et les adventices. En hiver, protège les espèces sensibles (romarin en pot, laurier) avec un voile d’hivernage ou un paillage épais.
Culture en pot ou en pleine terre ?
- En pot : idéal pour les petites surfaces, les balcons ou les espèces gélives. Choisis un contenant de 20 à 30 cm de diamètre minimum, percé au fond. Mélange 2/3 terreau, 1/3 sable. Arrosage plus fréquent, rempotage tous les 2 à 3 ans.
- En pleine terre : les racines s’étalent, la plante est plus autonome et résiste mieux à la sécheresse. C’est le choix gagnant pour les grandes vivaces comme l’artichaut ou la consoude.
Récolte, séchage et conservation des plantes médicinales
Le moment où tu coupes tes plantes aromatiques et médicinales influence directement leur puissance thérapeutique. Une cueillette au bon stade préserve un maximum d’huiles essentielles et de principes actifs. Voici comment t’y prendre, du jardin au bocal.
Cueillir au bon moment, partie par partie
Chaque partie de la plante a sa fenêtre idéale :
- Feuilles : juste avant la floraison, quand la concentration en huiles essentielles est maximale. Cueille le matin après évaporation de la rosée, entre 8 h et 10 h. Menthe, mélisse, thym, sauge.
- Fleurs : au tout début de l’épanouissement, avant qu’elles ne fanent. Lavande, camomille, calendula.
- Graines : à pleine maturité, quand elles se détachent facilement. Fenouil, coriandre, anis.
- Racines : à l’automne, après la descente de sève, ou au début du printemps. Valériane, consoude, pissenlit.
- Écorces : au printemps, sur des branches jeunes. Cannelle, saule.
Évite les jours de pluie ou de forte chaleur : l’humidité favorise les moisissures et la chaleur fait s’évaporer les arômes. Coupe avec un outil propre, désinfecté à l’alcool à 70°, et manipule les plantes délicatement.
Sécher sans sacrifier les principes actifs
Trois méthodes selon ton matériel et le volume à traiter :
- À l’air libre : suspends de petits bouquets tête en bas, dans un local sombre, sec et bien ventilé, à 20-25 °C. Compte 1 à 3 semaines pour les feuilles, 2 à 4 semaines pour les racines coupées en morceaux. C’est la méthode la plus douce.
- Au four : en dépannage, sur une grille, à 35-40 °C maximum, porte entrouverte. Durée : 2 à 4 heures. Au-delà de 40 °C, tu détruis une partie des principes actifs et des arômes.
- Au déshydrateur : le plus régulier. Règle sur 35-40 °C. Compte 4 à 8 heures pour les feuilles, jusqu’à 12 heures pour les racines. Un séchage réussi : la plante craque mais ne se brise pas en poussière.
Un stockage hermétique et à l’abri
Une fois bien sèches, tes plantes aromatiques et médicinales se conservent dans des bocaux en verre hermétiques, de préférence teintés ou stockés dans un placard opaque. L’idéal : une pièce sèche, à moins de 60 % d’humidité, à l’abri de la lumière et des variations de température. Évite les sachets plastiques : ils laissent passer l’humidité et les odeurs. Étiquette chaque bocal avec le nom de la plante et la date de récolte.
Durée de conservation et signes d’alerte
- Feuilles et fleurs : 1 à 2 ans. La menthe perd souvent son parfum après 12 à 18 mois.
- Racines, écorces et graines entières : 2 à 3 ans.
- Graines moulues : 6 mois maximum.
Surveille ces signes de détérioration : couleur terne ou brunie, odeur faible ou poussiéreuse, présence de moisissure (taches blanches, vertes ou noires), texture friable qui tombe en poudre. Au moindre doute de moisissure, jette le contenu : les mycotoxines ne disparaissent pas à la cuisson. Une plante qui a perdu son odeur a perdu l’essentiel de ses actifs.
Usages thérapeutiques et précautions d’emploi
Du jardin à la tasse : les quatre préparations de base
Toutes les plantes aromatiques et médicinales ne se préparent pas de la même façon : la partie utilisée (feuille, fleur, racine, graine) détermine la méthode.
- Infusion : pour les feuilles et fleurs fragiles (menthe, verveine, camomille, thym). Compte 1 cuillère à café de plante séchée pour 250 ml d’eau frémissante, couvre et laisse infuser 5 à 10 minutes. Au-delà, les tanins prennent le dessus et l’amertume masque les arômes.
- Décoction : pour les racines, écorces et baies (gingembre, réglisse, cannelle). Même proportion, mais fais frémir doucement 15 à 30 minutes à couvert, puis filtre.
- Macération : à froid, dans l’eau (6 à 12 h au réfrigérateur) pour les plantes mucilagineuses comme la mauve, ou dans l’huile (3 à 4 semaines) pour obtenir un macérat huileux de lavande ou de calendula.
- Teinture : 1 partie de plante fraîche ou séchée pour 5 parties d’alcool à 45-60°. Laisse macérer 3 semaines à l’abri de la lumière, secoue chaque jour, filtre et conserve en flacon ambré. Une teinture se garde 3 à 5 ans, contre 12 à 18 mois pour des feuilles séchées.
Ce que la tradition leur prête
Depuis des siècles, on prête à ces plantes des vertus bien identifiées :
- Digestion : menthe poivrée, fenouil, anis, angélique — carminatives et antispasmodiques.
- Sommeil : camomille, tilleul, lavande, passiflore — calmantes et sédatives légères.
- Stress et nervosité : mélisse, verveine, valériane, millepertuis.
- Infections ORL et respiratoires : thym (thymol), eucalyptus, romarin, sauge — antiseptiques et expectorants.
- Petites plaies et inflammations cutanées : calendula, plantain, consoude en usage externe.
Ces usages traditionnels ne remplacent pas un avis médical, surtout si les symptômes persistent plus de quelques jours.
Les risques à ne pas minimiser
Une plante n’est pas inoffensive parce qu’elle est naturelle. Trois écueils reviennent :
- Allergies : les Asteraceae (camomille, échinacée, calendula) peuvent déclencher des réactions chez les personnes sensibles aux pollens ; l’huile essentielle de menthe est déconseillée aux enfants de moins de 6 ans.
- Interactions médicamenteuses : le millepertuis est un puissant inducteur enzymatique (CYP3A4). Il peut réduire l’efficacité des contraceptifs oraux, anticoagulants, immunosuppresseurs et antirétroviraux. Le ginkgo et l’ail potentialisent les anticoagulants ; la réglisse, à forte dose, favorise hypertension et hypokaliémie.
- Toxicités : les alcaloïdes pyrrolizidiniques de la consoude et du tussilage sont hépatotoxiques — usage externe uniquement, et jamais plus de quelques semaines. La thuyone de la sauge officinale est limitée à 0,5 mg/kg dans les denrées en Europe.
Qui doit redoubler de prudence
- Femmes enceintes et allaitantes : sauge, romarin à camphre, persil en forte dose, absinthe et la majorité des huiles essentielles sont à éviter. Préfère des infusions douces encadrées par un professionnel de santé.
- Enfants : pas d’huiles essentielles avant 6 ans (et jamais de menthol ni de camphre chez le nourrisson). Les infusions se dosent à moitié ou au tiers de la dose adulte selon l’âge.
- Personnes âgées : la polymédication augmente le risque d’interaction. Signale systématiquement toute prise de plantes à ton médecin ou pharmacien.
En cas de doute, la règle reste simple : mieux vaut une préparation douce et bien dosée qu’une plante « miracle » prise à l’aveugle.
Réglementation et cadre légal en France
Qui a le droit de vendre des plantes médicinales ?
En France, c’est l’ANSM qui tient la barre. La pharmacopée française recense environ 500 plantes médicinales — celles dont les propriétés sont reconnues et encadrées. Mais parmi elles, seules 148 sont dites « libérées » : ce sont les seules que tu peux acheter librement, hors pharmacie. Toutes les autres relèvent du monopole pharmaceutique (article L.4211-1 du Code de la santé publique).
Bonne nouvelle : si tu cultives de la menthe, du thym, de la camomille ou de la sauge dans ton jardin pour ta famille, tu es totalement tranquille. La culture et la consommation personnelles ne sont pas encadrées — sauf espèces protégées ou stupéfiantes. C’est la vente qui change tout de régime.
Aliment, complément ou médicament : trois statuts, trois cadres
- Denrée alimentaire : usage culinaire classique (pesto au basilic, tisane du soir). Cadre le plus souple, mais zéro allégation santé.
- Complément alimentaire : décret n°2006-352. Format galénique (gélule, poudre, ampoule), dose journalière définie, finalité nutritionnelle. Déclaration obligatoire à la DGCCRF avant mise sur le marché.
- Médicament : définition de l’article L.5111-1 du CSP. Dès qu’un produit revendique soigner ou prévenir une maladie, il devient juridiquement un médicament — c’est le fameux « médicament par présentation ». Seul un pharmacien peut en délivrer.
Étiquetage et allégations : la ligne rouge
Sur un complément alimentaire à base de plantes aromatiques et médicinales, l’étiquette doit obligatoirement mentionner : la dénomination « complément alimentaire », les ingrédients par ordre décroissant, la quantité par dose, le pourcentage des VNR, la dose journalière conseillée, le numéro de lot, la DLUO, les coordonnées de l’exploitant — et les avertissements type « ne pas dépasser la dose journalière indiquée » ou « tenir hors de portée des jeunes enfants ».
Côté promesses, le règlement européen n°1924/2006 est intraitable : seules les allégations autorisées peuvent être utilisées. Pour les plantes, la voie praticable est celle des allégations « traditionnellement utilisé pour… », encadrées par la liste BELFRIT (harmonisation Belgique-France-Italie).
👉 À ne jamais écrire : « soigne l’insomnie », « guérit », « traite l’anxiété ». Ces formulations tombent sous le coup de l’exercice illégal de la pharmacie : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
L’herboristerie, un statut figé depuis 1941
Le diplôme d’herboriste a été supprimé par la loi du 11 septembre 1941. Depuis, il n’existe plus de diplôme d’État ni d’ordre professionnel. Résultat : un herboriste peut vendre les 148 plantes libérées, en vrac ou en sachets, mais il ne peut ni réaliser de préparations magistrales (teintures, sirops composés), ni poser un diagnostic, ni délivrer un conseil thérapeutique personnalisé. Son rôle reste celui du conseil d’usage traditionnel.
Le pharmacien, lui, a accès à l’ensemble de la pharmacopée et peut préparer des formules sur mesure. C’est une distinction utile à connaître si un jour tu envisages de vendre ta production : mieux vaut te limiter à la vente de plantes fraîches ou sèches issues de la liste libérée, et rester sobre sur les promesses.
Coûts et rentabilité : cultiver ses plantes vs les acheter
Ce qu’il te faut pour démarrer sans te ruiner
Côté budget de départ, la bonne nouvelle, c’est que tu peux commencer petit. Pour un carré de 1 m² ou une dizaine de pots, compte :
- Graines : entre 2 et 4 € le sachet (basilic, thym, coriandre, camomille). Un sachet de basilic contient souvent 50 à 100 graines, largement de quoi semer sur deux saisons.
- Plants en godet : 3 à 5 € l’unité en jardinerie ou sur un marché. Plus rapide, mais plus cher au démarrage.
- Terreau : 6 à 12 € les 40 litres de terreau bio adapté aux aromatiques.
- Pots : de 1 à 5 € pièce selon la taille, ou gratuit si tu récupères des contenants (boîtes de conserve, caisses de vin, palettes).
Avec 30 à 50 €, tu installes une belle petite collection de plantes aromatiques et médicinales pour la saison. Si tu pars de graines plutôt que de plants, tu divises la facture par deux ou trois, au prix d’un peu plus de patience.
Combien tu économises réellement
C’est là que le jardinage devient intéressant. Un plant de basilic à 3 €, bien taillé, produit facilement 300 à 500 g de feuilles fraîches entre juin et septembre. En herboristerie ou en magasin bio, le basilic séché se négocie autour de 30 à 50 € le kilo. Comme 100 g de feuilles fraîches donnent environ 15 à 20 g de produit sec, tu comprends vite que ton plant est rentabilisé dès la première récolte.
Même logique pour le thym, le romarin ou la sauge : un plant vivace acheté 4 € te fournira des années de récoltes, là où un sachet de 30 g en herboristerie coûte 3 à 6 €. Sur un potager d’aromatiques de 5 m², l’économie annuelle se situe souvent entre 80 et 150 € par rapport à des achats réguliers en magasin spécialisé.
Séchage, vente, ateliers : valoriser ta production
Au-delà de ta consommation personnelle, plusieurs pistes s’offrent à toi :
- Séchage et transformation : tisanes maison, sels aromatiques, huiles parfumées, vinaigres. Un bocal de 50 g de mélange « digestion » se revend souvent 5 à 8 € sur un marché artisanal.
- Vente sur les marchés : sous statut de micro-entreprise (vente de plantes transformées), tu peux écouler tes sachets. Compte 20 à 50 € de recette pour une matinée de marché local, une fois ta clientèle fidélisée.
- Ateliers : animer un atelier « créer sa tisane » ou « semis avec les enfants » se facture généralement 20 à 40 € par participant, pour 2 heures. Six personnes, et ta saison est financée.
Attention toutefois : la vente de plantes médicinales transformées est encadrée (déclaration, étiquetage, mentions légales). Vérifie le cadre avant de te lancer.
Le temps, ton véritable investissement
Cultiver ne coûte pas cher en argent, mais demande de la régularité. Pour 10 m² de plantes aromatiques et médicinales :
- Semis et plantation : 2 à 3 heures au printemps
- Entretien courant : 1 à 2 heures par semaine (arrosage, désherbage, pincement)
- Récolte et séchage : 30 minutes à 1 heure par semaine en été
Soit environ 50 à 70 heures sur l’année. Ramené à l’économie réalisée et au plaisir procuré, c’est souvent bien plus qu’un simple calcul financier : tu gagnes en autonomie, en qualité et en lien avec ton jardin.
En résumé
- Choisis et classe les plantes selon l’usage que tu en fais : parfum et goût pour les aromatiques, effets sur l’organisme pour les médicinales, car une même plante peut appartenir aux deux catégories.
- Vérifie les précautions avant toute utilisation médicinale : la sauge est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement, et la menthe poivrée est déconseillée chez les jeunes enfants et en cas de reflux.
- En France, tiens compte de la pharmacopée : près de 150 espèces sont libérées et vendues hors pharmacie, dont le thym, la menthe et le romarin, tandis que les autres restent réservées aux pharmaciens.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une plante aromatique et une plante médicinale ?
La différence tient à l’usage : l’aromatique est cultivée pour son parfum et son goût via ses huiles essentielles, tandis que la médicinale est utilisée pour ses effets sur l’organisme via ses principes actifs. Les deux cercles se recoupent largement sans se superposer totalement.
Le thym, la menthe et le romarin ont-ils des usages médicinaux ?
Oui. Le thym est antiseptique et expectorant, la menthe poivrée soulage les digestions difficiles et les tensions, et le romarin est tonique, digestif et stimulant de la circulation.
La sauge est-elle déconseillée pendant la grossesse ?
Oui, la sauge est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement. La menthe poivrée est aussi déconseillée chez les jeunes enfants et en cas de reflux.
Peut-on vendre des plantes médicinales hors pharmacie en France ?
Près de 150 espèces sont dites « libérées » et peuvent être vendues hors pharmacie, comme le thym, la menthe et le romarin. Les autres restent réservées aux pharmaciens.
Quand faut-il récolter les plantes aromatiques à feuilles ?
Idéalement le matin, après la rosée, quand la concentration en principes actifs est à son maximum.