Traitements naturels et purins : le guide complet

Les traitements naturels sont des préparations d’origine végétale, minérale ou microbienne utilisées pour protéger les cultures sans recourir aux molécules de synthèse, et les purins sont des extraits fermentés en anaérobiose dans l’eau froide. Ils sont importants car ils agissent en prévention ou en curatif léger, avec une rémanence souvent courte et une toxicité maîtrisée pour l’environnement.
- Qu’est-ce qu’un traitement naturel et un purin ? Définition et principes
- Les principaux types de purins et leurs usages spécifiques
- Comment fabriquer son purin maison : recettes et étapes clés
- Dosage, dilution et modes d’application des purins
- Risques, précautions et erreurs à éviter avec les purins
- Réglementation et cadre légal des traitements naturels au jardin
- Alternatives et compléments aux purins : autres traitements naturels
Qu’est-ce qu’un traitement naturel et un purin ? Définition et principes
Dans le jardinage raisonné, on appelle « traitements naturels » l’ensemble des préparations d’origine végétale, minérale ou microbienne utilisées pour protéger les cultures sans recourir aux molécules de synthèse. Elles reposent sur des substances actives présentes dans les plantes — alcaloïdes, tanins, flavonoïdes, saponines — ou sur des mécanismes physiques et biologiques. On y range les extraits fermentés (purins), les macérations, les décoctions, les infusions, mais aussi les huiles essentielles, les argiles ou les lâchers d’auxiliaires. Leur point commun : agir en prévention ou en curatif léger, avec une rémanence souvent courte et une toxicité maîtrisée pour l’environnement.
Purin, macération, décoction, infusion : ne pas confondre
Ces quatre modes de préparation diffèrent par le solvant, la température et le temps de contact. Les confondre conduit à des extraits inefficaces, voire phytotoxiques.
- Purin : fermentation anaérobie dans l’eau froide, sans apport d’oxygène. Durée : 10 à 15 jours selon la température (idéalement 18-20 °C). On utilise les parties tendues (feuilles, tiges) pour l’ortie, la consoude ou la prêle. Le liquide devient brun foncé, avec une odeur putride caractéristique.
- Macération : immersion dans l’eau froide pendant 12 à 48 heures, sans fermentation. On l’emploie pour des plantes riches en molécules volatiles (ail, laurier, tanaisie).
- Décoction : on fait bouillir la plante 20 à 30 minutes, puis on laisse refroidir. Adaptée aux parties dures (écorces, racines, graines) comme la prêle ou la rhubarbe.
- Infusion : eau chaude versée sur la plante, puis repos de 10 à 30 minutes. Réservée aux fleurs et feuilles fragiles (camomille, sureau).
Le purin, produit d’une fermentation anaérobie
Le principe est simple : immerger 1 kg de plantes fraîches dans 10 litres d’eau non calcaire, dans un récipient non métallique, à l’abri de la lumière. Les bactéries anaérobies dégradent la matière végétale et libèrent des métabolites : azote ammoniacal, potassium, calcium, mais aussi des composés soufrés et des phytohormones. L’ortie (Urtica dioica) est riche en azote et en minéraux ; la consoude (Symphytum officinale) en potasse et en allantoïne ; la prêle (Equisetum arvense) en silice et en flavonoïdes. La fermentation est terminée quand plus aucune bulle ne remonte (10 à 20 jours). On filtre alors le purin, on le stocke en bidon opaque, à l’abri de la chaleur, et on l’utilise dilué.
Prévenir et soigner : trois leviers d’action
Les traitements naturels et purins agissent sur trois plans complémentaires :
- Insectifuge : l’odeur soufrée du purin d’ortie ou de tanaisie repousse pucerons, aleurodes et acariens. Pulvérisé dilué à 5-10 %, il crée une barrière olfactive pendant 3 à 5 jours.
- Fongicide : la prêle et la consoude renforcent la cuticule des feuilles grâce à la silice et aux tanins. Une décoction de prêle à 10 % appliquée toutes les 2 semaines réduit la pression des mildious et oïdiums de 30 à 50 % selon les essais.
- Stimulateur de défenses : les purins contiennent des oligo-éléments et des composés phénoliques qui activent les gènes de résistance (SAR). Un apport foliaire mensuel augmente la vigueur des plants et leur tolérance aux stress.
Ces préparations ne remplacent pas une rotation rigoureuse ni un sol vivant. Elles s’intègrent dans une stratégie globale où la prévention culturaille — aération, paillage, associations — reste la première ligne de défense.
Les principaux types de purins et leurs usages spécifiques
Parmi les traitements naturels et purins, chaque préparation possède une action dominante. On distingue les purins à vocation fertilisante, ceux qui stimulent les défenses des plantes et ceux qui repoussent les ravageurs. Voici les cinq plus utilisés au potager et au verger, avec leurs usages spécifiques.
Le purin d’ortie, le stimulant polyvalent
Riche en azote, en fer et en magnésium, le purin d’ortie est d’abord un fertilisant de croissance. Il s’utilise en arrosage dilué à 10 % (1 litre de purin pour 10 litres d’eau) sur les cultures exigeantes : tomates, courgettes, choux. En pulvérisation foliaire à 5 %, il renforce les défenses naturelles et fait fuir pucerons et acariens. Comptez une fermentation de 10 à 14 jours, puis une conservation maximale de 2 à 3 mois à l’abri de la lumière. Renouvelez la pulvérisation tous les 5 à 7 jours en cas de pression forte.
Le purin de consoude, l’allié de la fructification
La consoude est naturellement riche en potassium, ce qui en fait le complément idéal du purin d’ortie. Elle favorise la floraison, la nouaison et le grossissement des fruits. Diluez 1 litre de purin pour 10 litres d’eau en arrosage au pied des tomates, des courges et des arbres fruitiers. Pour une action foliaire, passez à 1 litre pour 20 litres d’eau. Utilisez-le à partir de la formation des premiers boutons floraux, puis toutes les 2 à 3 semaines. Associé à l’ortie (azote) et à la prêle (silice), il constitue une trilogie équilibrée pour le potager.
Le purin de prêle, la barrière préventive contre les champignons
La prêle des champs est très riche en silice. En pulvérisation, elle renforce les parois cellulaires et limite l’installation de l’oïdium, de la rouille et du mildiou. C’est un fongicide préventif, pas curatif : appliquez-le avant l’apparition des symptômes. Diluez 1 litre de purin pour 5 à 10 litres d’eau, pulvérisez sur feuillage sec, le matin ou en fin de journée, tous les 10 à 15 jours. En période à risque (humidité, chaleur), resserrez à une application par semaine. Évitez les heures chaudes et les plantes en fleurs.
Le purin de fougère, un répulsif pour limaces et pucerons
Le purin de fougère (fougère mâle ou aigle) agit principalement comme répulsif. Dilué à 10 % (1 litre pour 10 litres d’eau), il s’épand au sol autour des jeunes plants pour tenir les limaces à distance, et en pulvérisation sur les feuillages colonisés par les pucerons. Préparez-le sur 10 à 15 jours de fermentation. Renouvelez l’application après chaque pluie importante, car son efficacité est de courte durée. Il ne remplace pas une lutte mécanique (pièges, barrières).
Purins de rhubarbe et de tanaisie, des usages ciblés
Le purin de rhubarbe, obtenu à partir des feuilles (toxiques pour l’homme, ne les consommez pas), cible les altises. Diluez-le à 10 % et pulvérisez sur les plants attaqués, notamment sur les crucifères (radis, choux). Le purin de tanaisie, quant à lui, repousse fourmis et chenilles. Dilué à 10 %, il s’applique sur les fourmilières ou en pulvérisation sur les végétaux concernés. Attention : la tanaisie est toxique pour les abeilles et les auxiliaires ; utilisez-la avec parcimonie et jamais en pleine floraison.
Comment fabriquer son purin maison : recettes et étapes clés
Fabriquer un purin maison ne requiert que quelques éléments simples et un peu de rigueur. Que vous prépariez de l’ortie, de la consoude, de la prêle ou de la tomate, la méthode reste globalement identique. Parmi les traitements naturels et purins, cette préparation fermentée est l’une des plus économiques et des plus faciles à réaliser, à condition de respecter quelques étapes clés.
Le matériel indispensable
- Un seau en plastique de 10 à 20 litres, avec un couvercle non hermétique. Évitez le métal, qui peut s’oxyder au contact du purin.
- De l’eau de pluie de préférence, ou à défaut une eau non calcaire laissée 24 heures à l’air libre pour que le chlore s’évapore.
- Des plantes fraîches : comptez 1 kg de végétaux pour 10 litres d’eau. Ce ratio est un standard éprouvé. Pour l’ortie, cueillez les tiges avant la floraison ; pour la consoude, utilisez les feuilles.
- Un bâton pour remuer, un ciseau ou un sécateur, un tissu fin (gaze, étamine, vieux drap) pour filtrer, et un bidon opaque pour la conservation.
Les étapes clés de la macération
- Découpez les plantes en morceaux de 5 à 10 cm. Cette étape augmente la surface de contact et accélère l’extraction des principes actifs.
- Immergez les végétaux dans l’eau, puis couvrez le seau sans fermer hermétiquement : les gaz de fermentation doivent s’échapper.
- Remuez tous les 2 jours avec un bâton propre. Cette agitation oxygène le mélange et évite que les plantes ne pourrissent en surface.
- Placez le seau à l’ombre, à l’abri des fortes chaleurs. La température idéale se situe entre 20 et 25 °C. En dessous de 15 °C, la fermentation ralentit fortement.
Comment savoir que la fermentation est terminée
La durée varie de 1 à 2 semaines selon la température. En été, comptez 7 à 10 jours ; au printemps ou en automne, jusqu’à 3 semaines. Surveillez ces signes :
- Arrêt des bulles en surface : plus aucune effervescence visible.
- Odeur forte et caractéristique. Celle de l’ortie est très désagréable (proche du purin animal), tandis que celle de la consoude reste plus supportable.
- Liquide foncé, brun à vert sombre, et végétaux affaissés au fond du seau. Si une mousse épaisse persiste ou si l’odeur devient putride, le purin est probablement trop fermenté : ne l’utilisez pas.
Filtration et conservation
Filtrez le liquide à travers un tissu fin en pressant le marc pour extraire un maximum de jus. Le marc peut être déposé au compost. Conservez ensuite le purin dans un bidon opaque, fermé, à l’abri de la lumière et du gel. La durée maximale de conservation est de 6 mois ; au-delà, les principes actifs se dégradent. Étiquetez chaque bidon avec le nom de la plante et la date de fabrication. Avant toute utilisation, le purin concentré devra être dilué (généralement de 5 à 20 % selon l’usage), mais cette étape est détaillée dans la section suivante.
Dosage, dilution et modes d’application des purins
La règle d’or : ne jamais utiliser un purin pur
Un purin brut, même bien fermenté, reste un concentré actif. Appliqué tel quel, il peut provoquer des brûlures foliaires, freiner la croissance, voire asphyxier les racines. La dilution n’est pas une option : c’est une étape obligatoire. Les traitements naturels et purins ne font pas exception à la règle de prudence.
Dilutions selon l’usage : foliaire ou racinaire
Deux dilutions standard suffisent pour la majorité des situations.
- Pulvérisation foliaire (traitement préventif ou curatif) : 1 volume de purin pour 10 volumes d’eau, soit une concentration de 10 %. Concrètement, versez 1 litre de purin dans un pulvérisateur, puis complétez avec 10 litres d’eau claire. Cette dilution convient au purin d’ortie, de prêle, de consoude ou d’ail contre les maladies et ravageurs.
- Arrosage au sol (effet engrais) : 1 volume de purin pour 20 volumes d’eau, soit 5 %. Le purin d’ortie, riche en azote (environ 3 à 6 g d’azote par litre selon la fermentation), s’utilise à cette dose pour stimuler la croissance des légumes-feuilles. Un arrosoir de 10 litres recevra donc 50 centilitres de purin.
- Jeunes plants et plantes sensibles : diluez davantage, jusqu’à 1 pour 30 (3,3 %), et testez toujours sur quelques feuilles avant d’intervenir sur toute la culture.
Choisir le bon moment
Pulvérisez tôt le matin, après la rosée, ou en fin de journée, quand le soleil décline. Évitez les heures chaudes et le plein soleil : les gouttes agissent comme des loupes et favorisent les brûlures. La température idéale se situe entre 10 et 20 °C. Par temps pluvieux, reportez l’application : la pluie lessive le produit en moins de 6 heures. Évitez aussi de pulvériser sur des fleurs ouvertes, pour ne pas perturber les pollinisateurs.
À quelle fréquence intervenir ?
La fréquence dépend de l’objectif.
- En préventif : une application toutes les 2 à 3 semaines (14 à 21 jours) suffit pour renforcer les défenses des plantes.
- En curatif : rapprochez les traitements tous les 5 à 7 jours, sans dépasser 3 à 4 applications consécutives. Alternez ensuite avec d’autres traitements naturels et purins (par exemple, purin de prêle puis purin d’ortie) pour limiter les résistances et les effets secondaires.
Après un traitement curatif, respectez un délai de 2 à 3 jours avant de récolter les feuilles ou légumes-fruits, et rincez-les soigneusement à l’eau claire.
Précautions indispensables
- Testez toujours sur une petite zone : pulvérisez une feuille ou un plant isolé, puis observez pendant 24 à 48 heures. Si aucune brûlure ni jaunissement n’apparaît, généralisez.
- Ne mélangez pas plusieurs purins sans connaissance : les associations peuvent être antagonistes, favoriser des réactions chimiques imprévisibles ou augmenter la phytotoxicité. Si vous souhaitez combiner, renseignez-vous auprès d’un conseiller en lutte intégrée.
- Utilisez un pulvérisateur dédié et rincez-le soigneusement après chaque usage.
- Portez gants et masque lors de la manipulation, surtout pour les purins fermentés.
- Ne traitez pas sur sol sec ou plantes stressées (sécheresse, carence, attaque parasitaire sévère) : attendez des conditions favorables.
Un purin bien dosé, appliqué au bon moment et à la bonne fréquence, devient un allié fiable pour le potager. Mais la précision du dosage reste votre meilleure garantie d’efficacité et de sécurité.
Risques, précautions et erreurs à éviter avec les purins
Les purins d’ortie, de consoude ou de prêle font partie des traitements naturels et purins les plus utilisés au potager. Pourtant, une préparation approximative ou une application mal maîtrisée peut transformer un stimulant en source de dommages. Voici les pièges à connaître.
Dilution : l’erreur n°1
Un purin non dilué est un concentré actif qui brûle les racines et les feuilles. Appliqué pur au pied d’un plant de tomate, le purin d’ortie provoque des nécroses racinaires en 24 à 48 heures. La règle est simple : diluez toujours. Pour un arrosage au sol, comptez 1 volume de purin pour 9 volumes d’eau (10 %). Pour une pulvérisation foliaire sur des plantes sensibles, descendez à 5 % (1 pour 19). Ne dépassez jamais 20 %, même sur des végétaux robustes. Utilisez une eau non calcaire, à température ambiante.
Fermentation mal contrôlée : odeurs et insectes
Une fermentation anaérobie (sans oxygène) dégage une odeur putride qui attire mouches, guêpes et fourmis. Au-delà de la gêne, cette odeur signale la présence de composés soufrés et d’alcools susceptibles d’intoxiquer les plantes. Pour une fermentation aérobie réussie, brassez quotidiennement pendant 1 à 2 semaines (orties) ou 3 semaines (consoude). Le purin est prêt quand il ne mousse plus et sent le terreau forestier. Filtrez-le avant usage. Si l’odeur est nauséabonde, jetez-le : il est raté.
Matière première : plantes saines et non traitées
N’utilisez jamais de plantes malades (mildiou, rouille, oïdium) ni de végétaux traités aux pesticides. Un purin fabriqué avec des feuilles de tomates atteintes de mildiou concentre les spores et peut contaminer tout le potager. De même, les pesticides systémiques (glyphosate, fipronil) ne disparaissent pas à la fermentation ; ils peuvent se retrouver dans le purin et intoxiquer vos cultures. Cueillez vos plantes loin des bords de route et des zones traitées. Attendez au moins 3 semaines après un traitement chimique avant de récolter.
Plantes sensibles : adapter les doses
Les jeunes plants de tomates, les salades, les courgettes et les fraisiers sont particulièrement vulnérables. Sur ces cultures, limitez la concentration à 5 % maximum. Pulvérisez le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil (risque de brûlure par effet loupe). Testez toujours sur une petite surface 24 heures avant. Évitez les semis et les plantules de moins de 3 semaines. Pour les plantes en pot, réduisez encore la dose (3 %) et arrosez le substrat, pas le feuillage.
Conservation : ombre, fraîcheur et surveillance
Un purin mal stocké fermente à nouveau. Ne le laissez jamais au soleil ni dans un récipient transparent : chaleur et lumière déclenchent des fermentations secondaires et des moisissures. Conservez-le dans un bidon opaque, fermé sans être hermétique, à l’ombre, entre 10 et 15 °C. Durée maximale : 2 à 3 mois. Surveillez l’apparition de :
- un film blanc en surface,
- une odeur aigre,
- des bulles persistantes.
Dans ce cas, ne l’utilisez pas. Filtrez-le avant chaque utilisation.
Réglementation et cadre légal des traitements naturels au jardin
Les purins, des préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP)
En France, depuis la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt de 2014, les purins et autres extraits fermentés de plantes sont officiellement classés dans la catégorie des préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP). Ce statut leur confère un cadre juridique distinct des produits phytopharmaceutiques classiques. Concrètement, une PNPP est obtenue exclusivement à partir de plantes ou de substances d’origine naturelle, selon un procédé simple de macération, d’infusion ou de décoction. Les traitements naturels et purins ne relèvent donc pas de la même réglementation que les pesticides de synthèse, mais ils ne sont pas pour autant exempts de règles.
Ce que dit la loi d’avenir pour l’agriculture de 2014
La loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 a posé les bases : elle autorise la mise sur le marché et l’utilisation des PNPP, à condition qu’elles ne présentent pas de risque inacceptable pour la santé humaine, animale ou l’environnement. Le décret n° 2016-1590 du 24 novembre 2016 est venu préciser les modalités. Ainsi, la vente de purins est soumise à une déclaration préalable auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES). L’utilisation est encadrée : pour les professionnels, seules les PNPP inscrites au catalogue officiel des PNPP sont autorisées. Ce catalogue, publié par arrêté ministériel, liste les plantes et les modes de préparation validés. Un purin d’ortie ou de prêle, par exemple, doit respecter des proportions et des temps de fermentation précis pour être conforme.
Vente : étiquetage et allégations sous contrôle
Si vous achetez un purin dans le commerce, l’étiquette doit obligatoirement mentionner :
- La ou les plantes utilisées (nom commun et scientifique)
- Le mode de préparation (fermentation, dilution, etc.)
- Les conditions d’emploi et précautions d’usage
- La mention « Préparation naturelle peu préoccupante » et le numéro de déclaration.
Il est strictement interdit de revendiquer des propriétés curatives non homologuées. Une allégation du type « guérit le mildiou » est illégale : un produit phytopharmaceutique ne peut prétendre à un effet curatif que s’il a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM). Les PNPP peuvent seulement indiquer des effets de « stimulation des défenses naturelles » ou de « protection préventive », sans promesse de guérison. Les contrôles de la DGCCRF peuvent entraîner des amendes allant jusqu’à 15 000 € pour allégations trompeuses.
Amateur vs professionnel : deux régimes distincts
La distinction est essentielle :
- Usage amateur : la fabrication et l’utilisation de purins maison sont tolérées, dans le cadre d’un jardin potager ou d’agrément. Vous n’avez pas d’obligation de déclaration, mais vous devez respecter les bonnes pratiques (dilution, non-usage près des points d’eau, etc.). La vente de vos purins est en revanche interdite sans déclaration.
- Usage professionnel (agriculteurs, collectivités, jardineries) : vous devez utiliser exclusivement des PNPP inscrites au catalogue officiel. Toute préparation maison doit être déclarée et conforme. Les professionnels ne bénéficient pas de la tolérance amateur : un conseiller en lutte intégrée comme moi doit vérifier que chaque purin utilisé figure bien au catalogue et que les doses respectent les préconisations.
Pour rester en règle, vérifiez toujours l’étiquette, privilégiez les recettes validées et n’attribuez jamais à un purin des vertus thérapeutiques non reconnues.
Alternatives et compléments aux purins : autres traitements naturels
Décoctions et infusions : quand la rapidité prime
Contrairement au purin, qui fermente 5 à 15 jours, la décoction et l’infusion se préparent en quelques heures. Ce sont des traitements naturels « express », précieux quand une attaque se déclare.
- Décoction de prêle : faites bouillir 100 g de plante sèche (ou 1 kg de fraîche) dans 10 L d’eau pendant 20 à 30 min, laissez refroidir, filtrez. Diluez ensuite à 10-20 % pour apporter de la silice, qui renforce les parois cellulaires et freine mildiou, rouille et cloque. À pulvériser tous les 10 à 15 jours, en préventif.
- Infusion d’ail : 5 à 10 gousses écrasées dans 1 L d’eau bouillante, macération 12 à 24 h, dilution 1:5. Action répulsive sur pucerons, acariens et mouches, avec un effet antifongique léger. À utiliser impérativement dans les 24 à 48 h.
Savon noir et bicarbonate : les indispensables du placard
Le savon noir (sels de potassium) agit par contact : il dissout la cuticule cireuse des pucerons, cochenilles, aleurodes et acariens. Dose usuelle : 10 à 20 g/L, soit 1 à 2 cuillères à soupe par litre, éventuellement additionné d’huile végétale. Pulvérisez le soir, jamais en plein soleil, et rincez les jeunes pousses 24 h après.
Le bicarbonate de soude s’emploie à 5 g/L (0,5 %), avec 2 à 3 ml de savon noir comme mouillant. Il modifie le pH de surface et inhibe la germination des spores : oïdium, tavelure, début de mildiou. Renouvelez tous les 7 à 10 jours, sans dépasser 3 à 4 applications par saison.
Huiles essentielles : un usage ciblé
- Neem (azadirachtine 0,3 à 3 %) : insecticide et régulateur de croissance contre pucerons, thrips, chenilles et acariens. Diluez 5 à 10 ml/L avec un émulsionnant, 2 à 3 applications espacées de 7 jours. À éviter pendant la floraison, faute de quoi vous pénaliserez les pollinisateurs.
- Lavande (linalol) : répulsive contre mites, mouche de la carotte et fourmis, à 2-3 ml/L en pulvérisation.
Jamais d’huile essentielle pure sur une plante : portez des gants et respectez l’étiquetage, certaines étant photosensibilisantes.
D’autres purins : des stimulateurs de défenses
- Pissenlit : 1 kg de feuilles fraîches pour 10 L, 10 à 15 jours de fermentation, dilution 10 %. Riche en potassium, il soutient la croissance et les défenses.
- Bardane : 1 kg de feuilles ou racines pour 10 L, même protocole. Réputée renforcer la résistance des tomates et stimuler la vie du sol.
- Camomille : 100 g de fleurs pour 10 L. Riche en soufre et flavonoïdes, elle s’utilise en préventif contre la fonte des semis.
Diluez ces préparations entre 5 et 20 % et pulvérisez le matin ou en fin de journée.
La base : une approche globale
Aucun traitement ne remplace un sol vivant. Combinez systématiquement :
- du compost mûr (2 à 3 kg/m²) pour la fertilité et les micro-organismes antagonistes ;
- un paillage de 5 à 8 cm, qui limite les éclaboussures responsables de la propagation des spores ;
- une rotation de 3 à 4 ans par famille botanique, avec des associations (œillet d’Inde, basilic) ;
- des refuges à auxiliaires : haies, fleurs mellifères, nichoirs.
Ainsi employés, les traitements naturels et purins restent des outils ponctuels, jamais des béquilles.
En résumé
- Distinguez purin, macération, décoction et infusion selon le solvant, la température et le temps de contact pour éviter des extraits inefficaces, voire phytotoxiques.
- Utilisez le purin d’ortie en arrosage dilué à 10 % sur les cultures exigeantes ou en pulvérisation foliaire à 5 % pour renforcer les défenses et faire fuir pucerons et acariens.
- Appliquez le purin de prêle en préventif, dilué à 1 litre pour 5 à 10 litres d’eau, sur feuillage sec tous les 10 à 15 jours pour limiter l’installation de l’oïdium, de la rouille et du mildiou.
Questions fréquentes
C'est quoi un traitement naturel au jardin ?
Les traitements naturels regroupent des préparations d'origine végétale, minérale ou microbienne utilisées pour protéger les cultures sans molécules de synthèse. On y classe notamment les purins, macérations, décoctions, infusions, huiles essentielles, argiles et lâchers d'auxiliaires.
Quelle est la différence entre purin, macération, décoction et infusion ?
Le purin est une fermentation anaérobie dans l'eau froide pendant 10 à 15 jours. La macération dure 12 à 48 heures dans l'eau froide sans fermentation, la décoction fait bouillir la plante 20 à 30 minutes, et l'infusion se prépare avec de l'eau chaude versée sur la plante puis 10 à 30 minutes de repos.
Comment préparer un purin de plantes ?
Il faut immerger 1 kg de plantes fraîches dans 10 litres d'eau non calcaire, dans un récipient non métallique, à l'abri de la lumière. La fermentation est terminée quand plus aucune bulle ne remonte (10 à 20 jours), puis on filtre et on stocke le purin en bidon opaque, à l'abri de la chaleur.
Quel purin utiliser contre les pucerons ?
Le purin d'ortie, pulvérisé dilué à 5 %, renforce les défenses et fait fuir pucerons et acariens. Le purin de fougère dilué à 10 % agit aussi comme répulsif pour limaces et pucerons.
Le purin de prêle est-il efficace contre le mildiou et l'oïdium ?
Le purin de prêle est un fongicide préventif, pas curatif : il faut l'appliquer avant l'apparition des symptômes. Dilué à 1 litre pour 5 à 10 litres d'eau, il limite l'installation de l'oïdium, de la rouille et du mildiou, avec une pulvérisation tous les 10 à 15 jours, voire une fois par semaine en période à risque.